La France a rendez vous avec son destin

Publié le par DLJ Lorraine

"L'abdication d'une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d'une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot nationale et internationale. "

(Pierre Mendès France à la Tribune de l’Assemblée Nationale le 18 janvier 1957)

 

 

À en croire ce mot de Pierre Mendès France, notre démocratie serait-elle sur le point d’abdiquer? En effet, l’omniprésence, l’omnipotence, et l’omniscience du président de la République font doucement penser à la naissance d’un homme providentiel. La présidentialisation du régime proposée dans le cadre du récent rapport remis par la commission sur la réforme des institutions (et paradoxalement intitulée « Vers une cinquième république plus démocratique ») laisse présager une concentration des pouvoirs en cette seule fonction élyséenne. Notre démocratie est donc sur le point de tomber dans ce premier écueil de la dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel.

 La seconde partie de cette phrase doit nous intéressé au tout premier chef. Rappelons que ce mot fût prononcé lors d’un débat parlementaire sur le Traité de Rome au cours duquel l’intéressé afficha son hostilité à ce qu’il appelle « une délégation (des) pouvoirs à une autorité extérieure ». Cette expression est d’une actualité des plus saisissantes. Aujourd’hui, il n’est plus question de délégation, mais de constitutionnalisation déguisée, ce qui devrait davantage nous interpeller. La délégation que condamnait Pierre Mendès France, a atteint ce stade paroxystique que l’on nomme aujourd’hui vote à la majorité qualifiée, personnalité juridique, ou bien encore services diplomatiques européens… Ces maux de l’Europe, plus vrais aujourd’hui, condamnés dès son origine, ont été combattus hier (le 29 mai 2005) pour être mis en place demain. Seul le combat de ce jour contre le Traité modificatif européen fera vivre ces prises de positions d’hier et d’avant-hier. La grandeur des hommes politiques réside dans l’universalité de leurs actions et l’éternité de leur discours. Par notre opposition gaulliste, mais plus encore républicaine à ce traité modificatif européen, c’est la grandeur de la France que nous défendons, cette grandeur qui réside dans l’idée que des hommes comme Pierre Mendès France ou le Général de Gaulle ont pu se faire de notre pays. Pas de ce que devait être la France par elle-même et pour elle-même, une idée au service « d’une nation orgueilleuse » (pour reprendre les mots de Guy Moquet), mais cette idée certaine, vecteur de démocratie et de liberté.

 

"La démocratie se confond exactement pour moi avec la souveraineté nationale ...La démocratie, c'est le gouvernement du peuple par le peuple, et la souveraineté nationale, c'est le peuple, exerçant sa souveraineté sans entrave"(Général de Gaulle, à Londres, en 1942).

Pour un gaulliste, défendre une certaine idée de la France, c’est donc défendre la souveraineté nationale, et n’admettre les transferts de souveraineté que par des procédés démocratiques. Il n’est pas question de dire que le vote parlementaire n’est pas un processus démocratique mais entre démocratie directe et démocratie représentative, il semble exister une différence qui fait que plus le peuple participe, plus le procédé est démocratique. Il est donc un devoir de gaulliste que de demander le référendum pour la ratification du Traité modificatif européen comme pour tout traité européen.

 

De plus il existe en droit, un principe que l’on nomme le parallélisme des formes. Il semblerait donc logique que ce qu’un peuple a défait, seul un peuple puisse le défaire. Il est vrai que les plus pointilleux de nos juristes diront qu’il ne s’agit pas du même texte. Ce que je leur accorde. Pour autant les mots de Valéry Giscard D’Estaing suffisent à eux-mêmes :

« Quel est l’intérêt de cette subtile manœuvre ? D’abord et avant tout d’échapper à la contrainte du recours au référendum, grâce à la dispersion des articles, et au renoncement au vocabulaire constitutionnel. »

Édulcorer un texte pour en changer sa nature juridique: c’est de la haute trahison!

 Pour en revenir à la citation de Pierre Mendès France, « l’autorité extérieure (qu’il nomme ainsi) exercera en réalité au nom de la technique, la puissance politique car au nom d’une saine économie on en vient aisément à en dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ». Cette dernière partie de phrase résume au final les fléaux de l’Europe bruxelloise, au travers de l’Euro (monétaire), du pacte de stabilité (budgétaire), et des conséquences non maîtrisées que sont les délocalisations (sociale). La saine économie de Pierre Mendès France trouve aujourd’hui un écho dans la concurrence libre et non faussée annexée au Traité modificatif, et déjà présente dans ce traité de Rome. Alors que notre politique nationale s’afférait autour de vrais services publics, l’expression n’est même pas usitée par le droit communautaire. Au contraire, les exigences de concurrence libre et non faussée nous obligent à mettre fin à ces monopoles commandés par les nécessités de service publics. (EDF, Autoroutes, France Telecom, la Poste). L’Europe a tué le modèle social Français et elle le trucidera demain si on ne fait rien.

 

 Cédric

Publié dans Actualité politique

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yannick Helene de la FUENTE 26/11/2007 21:25

Monsieur Dupont-Aignant,
nous vous présentons une action en justice devant la CEDH, une plainte collective.
Nous pensons possible la conjonction entre vos forces et les nôtres sur ce point du rejet du traité de Lisbonne ex traité constitutionnel et donc sur cette action.
Sur ce site http://www.29mai.eu/ vous verrez que nous avons déjà 1300 plaignants. Reste à trouver un avocat spécialisé . Si cela retient votre attention nous serions heureux de vous trouver à nos côtés sur cette lutte spécifique.

Rejoignez La plus grosse plainte collective portée devant la Cour Européenne des droits de l’Homme: Pour le déni de démocratie

Merci à vous, le réseau des plaignants du 29 mai

Juris 30/10/2007 19:34

Ensemble bien construit bravo Jérôme et Cédric, et je conseille encore d'aller sur le site de vge: http://vge-europe.eu . C'est très instructif...