Le général de Gaulle et l'Europe

Publié le par DLJ Lorraine


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frederic bobard 12/11/2006 19:44

 Bravo pour votre blog j'ai créé un lien sur le mien
Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ce  très beau texte rédigé par Henri Tisot, célèbre imitateur de de Gaulle, un  peu oublié aujourd’hui, qui me sert de référence, cette année, pour commémorer dignement la mort du premier président de la république de la Vème République. L’acteur s’est également beaucoup investi dans les contes pour enfants.
 Dans ce texte il n’est plus  le joyeux drille des plateaux de télévision et des scènes de théâtre. L’homme de la lumière se remémore, communie et se souvient d’un homme qui à jamais aura transformé son existence : " Le Général est mort à 19h 35 à la Boiserie, Colombey-les-Eglises, le 9 novembre 1970" nous rappelle Henri Tissot dans un article plein d'humour (1).
 Et là à la place où je me trouve, l'émotion est à son paroxysme. Par instant on entend un râle immense. On se retourne pour constater d'où vient le bruit inopportun et on constate qu'une quinzaine de personnes qui s'étaient, elles aussi perchées sur un mur de jardin, viennent d'en tomber ! Toutes ensemble. Pourquoi ? Je ne pose plus de question. Puis succède un silence pesant comme si la foule s'était arrêtée de respirer. Personne ne parle. Beaucoup pleurent. Le ciel à présent est devenu bleu, blanc, rouge… J'envisage d'éclater en sanglots devant tout le monde. Mais j'entends déjà, comme lorsque j'étais jeune, la réflexion de mes parents: " quand tu auras fini de faire ton intéressant !". Il y a des journalistes  parsemés un peu partout  et je devine que l'on ne manquerait pas de dire si je craquais:" c'est Tisot qui fait son cirque". L'amiral Philippe de Gaulle  fait allusion dans son livre "de Gaulle mon père" à tous ceux qui ont assisté aux obsèques du Général: " ils gardent sûrement un souvenir indélébile de cette journée". Si c'est Dieu, poursuit Henri Tisot, qui m'a conduit à Colombey ce jour là, c'est pour que j'en témoigne, comme les apôtres qui, ayant la grâce de côtoyer Jésus, se devaient de raconter, consigner leurs Evangiles respectifs ce qu'ils avaient de leurs yeux vu et de leurs oreilles entendu.
 A présent le canon tonne. C'est l'engin blindé, l'automitrailleuse que sur les conseils de Mme de Gaulle, le général de Boissieu a demandé au 5ème régiment de hussard cantonné en Champagne d'amener à Colombey. Il s'agit d'un engin blindé de reconnaissance dont la tourelle a été enlevée pour pouvoir y charger le cercueil de de Gaulle. Mme de Gaulle avait dit selon son fils Philippe: " le général a tant fait pour les chars, qu'il ne peut être transporté que sur l'un d'eux jusqu'à sa dernière demeure".
 C'est comme un roulement de tambour. A cet instant, dans l'insupportable silence, j'imagine la lourde prière qui s'exhale de la foule, comme un cri qui traduit une sorte d'impossibilité à tout porter d'un coup. De Gaulle est trop lourd. Il faut l'abandonner. Nous sommes trop petits par rapport à lui. Dieu a préjugé de nos forces. Cette croix de Lorraine, il savait que nous, nous ne pourrions la porter. Lui, seul de Gaulle, avait assez de force, de foi, de conviction pour s'en charger. Il s'appuyait sur elle et çà le maintenait debout. Nous, elle nous accable parce que nous n'en sommes pas dignes. Il était le seul à pouvoir maintenir à bras le corps la grandeur de la France. Nous, elle nous écrase. Pourtant, petits que nous sommes, suivant les dernières volontés du Général, nous étions seuls admis à ces côtés. Malraux l'a magnifiquement traduit dans son livre paru en 1971 " les chênes qu'on abat" ( NRF Gallimard) "Ici, dans la foule, derrière les fusillers marins qui présentent les armes, une paysanne en châle noir, comme celles de nos maquis de Corrèze, hurle : Pourquoi est-ce qu'on ne me laisse pas passer ! Il a dit : tout le monde ! Il a dit : tout le monde ! Je pose la main sur l'épaule du marin : " vous devriez la laisser passer, çà ferait plaisir au général : elle parle comme la France". Il pivote sans un mot et sans que les bras bougent, semble présenter les armes à la France misérable et fidèle- et la femme se hâte en claudiquant vers l'église, devant le grondement du char qui porte le cercueil. "…
 Il devait être 1 heure du matin quand nous gagnâmes Paris. Je remontais les Champs-Élysées en vue de rejoindre Neuilly par l’avenue de la Grande Armée… le spectacle qui s’offrait à nous était inoubliable. Je l’emporterai au ciel, si j’y est droit. La place demeurait illuminée. La flamme du soldat inconnu s’élevait vers le ciel… cà et là des hommes et des femmes étaient dispersées sur le pourtour de la place. La place de l’Etoile était jonchée de fleurs. C’était comme un tapis multicolore. Malraux, lui, parle de marguerites ruisselantes de pluie…
 Aujourd’hui, poursuit Henri Tisot, «  dans le monde où nous sommes, les choses étant ce qu’elles sont » pour reprendre une phrase dont abusait le Général dans ses discours, il m’apparaît que les obsèques auxquelles, j’avais assisté le 12 novembre 1970, étaient peut-être « Hélas ! Hélas ! Hélas » celles de la France. »
 (1)     texte publié dans les cahiers de l’indépendance. Revue trimestrielle- septembre 2006.Editions François Xavier de Guibert/ADALI. www.fxdeguibert.com