Le gaullisme : une certaine idée de l'Etat

Publié le par DLJ Lorraine

A l’obsession de la grandeur s’ajoute celle de l’unité nationale. De Gaulle distingue en effet soigneusement la France, élevée au rang d’un idéal mystique, et les français, divisés constamment par leurs démons intérieurs. Il refuse, par conséquent, tout ce qui divise ou risque de diviser les français et qu’il a l’habitude d’appeler les féodalités : partis, corporations, corps intermédiaires en tous genres.

Ainsi, il refuse lui-même de se laisser emprisonner dans la distinction gauche/droite, se présentant dès l’origine de sa vie publique comme un rassembleur. Les français étant par nature enclins à la division, il leur faut donc un Etat fort et centralisé, chargé de faire respecter l’ordre et l’autorité, et un chef exceptionnel, dont le mission est de faire l’unité du peuple français et de « guider la France vers le haut ».

Plus qu’un simple arbitre, le chef de l’Etat doit être un rassembleur et un meneur, un personnage  incarnant la Nation : cet homme providentiel, inspiré de la philosophie bergsonienne, il le devient durant la tragique année 1940 et dès lors ne cesse de l’incarner. Après 1958, de nouveau, la Vème République permet d’établir, par le referendum, un lien direct entre le détenteur du pouvoir exécutif, élu au suffrage universel, et la « Nation dans ses profondeurs ». Pour la même raison, il affectionne particulièrement les bains de foule et les conférences de presse. Cette conception de son rôle de chef le rattache, selon René Rémond, à la démocratie directe selon le modèle bonapartiste. Mais, lorsque Mitterrand l’accuse de faire pression sur les opinions et de gouverner par un « coup d’Etat permanent », De Gaulle lui réplique que c’est lui qui a rétabli les libertés publiques en 1944.

 Dans le domaine économique, De Gaulle croit à la nécessité de l’intervention économique étatique pour reconstruire, pour donner l’impulsion ou pour contrôler les secteurs vitaux. Après son retour au pouvoir, De Gaulle mit en œuvre une action décisive pour moderniser la France dans les domaines économiques - intégration au Marché commun- industriels et monétaires, tout ceci dans le but de lui rendre la grandeur.

 Le gaullisme n’est donc pas un conservatisme, il est au contraire profondément moderniste. Si, après 1965, le général manifeste sa volonté de remédier aux méfaits de la civilisation matérielle, c’est pour unir les français en opérant une transformation de la société par la réalisation d’une troisième voie entre le capitalisme et le collectivisme : la participation. Il espère ainsi associer tous les travailleurs français, y compris les plus modestes, aux résultats de l’économie. Toutefois, les circonstances ne permirent pas de réaliser ce dernier projet…

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