La lucidité d'Hubert Védrine

Publié le par DLJ Lorraine

Hubert Védrine a été ministre des Affaires étrangères sous la mandature de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002. (Martine Archambault / Le Figaro)

INTERVIEW - L'ex-ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine livre au Figaro.fr une analyse sur la présidence française de l'UE à contre-courant du blocage annoncé et supposé de l'Europe.

LE FIGARO.FR - Nicolas Sarkozy a assuré lundi soir qu'il fallait «changer profondément notre façon de faire l'Europe», qui «inquiète les citoyens européens». Le chef de l'Etat a-t-il trouvé le ton juste ?

Hubert VÉDRINE - Je partage la remarque du président Sarkozy si elle signifie qu'il faut mettre la pédale douce sur l'intégration, qui provoque un rejet croissant dans les peuples. Mais on peut poursuivre la construction européenne - qu'il faut distinguer du terme «intégration» - à travers de nouvelles politiques communes (énergie, environnement) ou des initiatives comme Erasmus et Galileo. Il me semble qu'une certaine vision fédéraliste, présupposant que la Nation est dépassée, est elle-même dépassée. Les peuples ne demandent pas que la Commission joue le rôle d'un gouvernement, même contrôlé par le Parlement européen. Un décalage s'est creusé entre les élites européennes et les populations, comme si on allait faire les Etats-Unis d'Europe. C'est irréel.

Les Etats européens doivent-ils continuer la ratification du Traité de Lisbonne, après le «non» irlandais, les hésitations des Tchèques ou encore le refus mardi de la Pologne de ratifier le traité ?

Ils sont libres de continuer, mais le droit international est très clair : il faut l'unanimité pour passer d'un traité à un autre. Une règle valable depuis le traité de Rome. Les événements auraient été différents si on avait décidé à l'unanimité de ratifier les traités internationaux à la majorité qualifiée. Ce qui voudrait dire que l'Europe est devenue une fédération, ce qu'elle n'est pas. Nous n'avons pas le droit de changer de règle juridique au milieu du processus. Surtout pas de la part de pays européens qui donnent des leçons de droits et de démocratie à tout le monde.

Je pense que depuis une dizaine d'années, on exagère l'importance des traités. Il y a une sorte d'attente magique, fétichiste, comme si ça allait régler les problèmes de façon miraculeuse. D'immenses choses se sont faites dans le passé indépendamment des traités : Mitterrand-Kohl dans les années 80, les gens se souviennent des images, pas du traité de l'époque. Le «non» irlandais ne doit pas être une excuse pour ne rien faire. Il ne plombe pas la présidence française de l'UE.

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